Bonus des banques : une régulation s’impose, et vite

08/08/2009

Voilà quelques jours que nous apprenons à travers la presse étrangère et française que les banques renouent avec la pratique des bonus en pleine période de crise.

L’ensemble de la classe politique, de droite comme de gauche, dénonce légitimement ce nouveau scandale.

J’avais moi-même, dans un précédent billet, qualifié les stock options d’insupportables en cette période de crise.

Alors que les différentes institutions financières s’étaient engagées à respecter des principes de bonnes conduites en matière de rémunérations des dirigeants et traders dans les banques aidées par les Etats, voilà les mêmes qui distribuent ou provisionnent à tout va des sommes colossales pour leurs traders.

C’est le procureur général de New York, Andrew Cuomo, qui a mis le feu aux poudres. Fin juillet, il a publié un rapport au sous-titre évocateur (« Pile je gagne, face tu perds ») dans lequel il dévoile que les bonus versés par Morgan Stanley, Goldman Sachs et JP Morgan Chase ont dépassé les bénéfices engrangés par ces banques en 2008, sous fond d’aides publiques massives.

Puis, début août, c’est au tour de la Royal Bank of Scotland (RBS), nationalisée pendant la crise à hauteur de 70% par l’Etat britannique, d’annoncer un plan de rémunération exceptionnel pour son nouveau PDG.

Enfin, en France, BNP Paribas vient d’annoncer qu’elle provisionnait plusieurs centaines de millions d’euros pour récompenser ses traders, alors que la banque a reçu 5,1 milliards d’euros d’aides d’Etat au titre du plan de soutien et qu’elle est détenue de facto à hauteur de 17 % par l’Etat français.

C’est dans ce contexte que Christine Lagarde a immédiatement annoncé qu’elle aura une « tolérance zéro » pour les excès et que le Premier ministre a convoqué les banquiers à Matignon hier.

Pour leur défense, les banques usent de deux arguments.

  • Tout d’abord, les banques françaises, par la voix de la Fédération française des banques, ont fait savoir que les bonus exceptionnels avec lesquels renouaient les banques anglo-saxonnes créaient des distorsions de concurrence puisqu’elles sont en train de débaucher les meilleurs traders. Résultat : pour ne pas perdre leurs opérateurs de marché les plus efficaces qui quittent la place de Paris pour Wall Street ou la City, elles sont contraintes d’aligner leur politique de rémunérations sur les banques anglaises et américaines.
  • Ensuite, ces mêmes banques prétendent « respecter les règles » internationales en matière de rémunérations. Le problème – et soyons francs – est que ces règles n’existent pas. Il existe, au mieux, des « codes de bonne conduite », comme les principes édictés par l’Afep et le Medef en France, mais ils n’ont aucune portée juridique, aucune force obligatoire contraignante.

En soi, la pratique des bonus n’est pas honteuse, elle est même nécessaire pour améliorer les performances des institutions financières. Toutefois, il devient plus qu’indispensable de rendre ceux-ci raisonnables en les encadrant strictement. Les bonus doivent rester ce pourquoi ils étaient faits, à savoir être perçus comme une motivation à réussir et non une motivation à prendre des risques excessifs.

Une régulation est d’autant plus urgente que la crise n’est pas encore derrière nous.
Les banques récompensent à tout va leurs traders alors qu’elles n’assurent même pas le cœur de leur métier : alimenter l’économie en liquidités en octroyant des crédits aux entreprises et aux particuliers.
Surtout, il est totalement immoral de constater de telles pratiques dans des banques aidées par l’Etat – et donc le contribuable français – alors même que les inégalités salariales et sociales s’accroissent dans notre pays d’une manière parfois indécente.

Le monde de la finance ne l’entend pas de cette manière.

La crise était pour lui une occasion de se conformer à une autorégulation sage et éthique. Il ne l’a pas fait.

Une régulation s’impose donc, et vite. Par la loi française ou, mieux, au niveau communautaire.

Je crains toutefois que le régulateur ne court toujours derrière l’ingéniosité et l’inventivité des acteurs de la finance.
Les subprimes qui nous ont conduit à la crise feront naître d’autres produits financiers, encore plus complexes et risqués sans que nous puissions les contrôler à temps.

Aujourd'hui ,

  1. Vincent S.
    12/08/2009 à 21:35 | #1

    Très bonne analyse : il est temps de mettre fin à ces pratiques honteuses ! Le mercato des traders a repris en même temps que celui des footballeurs…quand ces mêmes traders n’ont pas été licencés grâce au soutien massif de l’argent de l’Etat

  2. Daniel
    13/08/2009 à 08:42 | #2

    tout à fait d’accord avec vous ! les règles doivent d’abord être prises au niveau international, sans ça, c’est impossible : les banques comme vous dites seront obligés d’augmenter les rémunérations pour attirer les meilleurs traders

  3. Thierry
    16/08/2009 à 08:26 | #3

    Les trottoirs de la ville sont archis sales. Hallucinant!!!
    Ou sont vos belles promesses M. Pietrasanta?

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