Insupportables stock-options
Il semblerait que, décidément, certains grands dirigeants de société soient totalement déconnectés de la réalité.
L’affaire de la Société Générale est révélatrice. A l’heure où notre gouvernement et le Parlement s’attaquent à la profonde crise économique que connaît notre pays, l’annonce de l’attribution de 320 000 stock options aux mandataires de la banque aidée par l’Etat à hauteur de plusieurs milliards d’euros a mis le feu aux poudres, et pas seulement à l’UMP. En pleine période de mobilisation pour la défense des salaires et du pouvoir d’achat, c’est l’ensemble de la classe politique qui a fait part de son indignation.
Comme l’explique le médiateur du crédit, René Ricol, le pire dans cette histoire n’est pas tant que le système de bonus et de stock options perdure pendant la crise, mais que les dirigeants des grandes entreprises n’y voient rien de choquant. Revenant sur cette affaire, le Président de la République avait rappelé la règle du jeu : « Visiblement, certains ont du mal à comprendre ce qu’on a dit. Quand il y a un plan social, des aides publiques, les bonus, plans, stock-options, rémunérations exceptionnelles ne sont pas admissibles ».
Le capitalisme est bien dans tous ses états. Pourtant, comme l’explique l’économiste Jean-Paul Fitoussi, « c’est l’interdépendance entre l’Etat de droit et l’activité économique qui a donné au capitalisme son unité. L’autonomie de l’économie est une illusion, comme sa capacité à s’autoréguler. ». Et celui-ci de conclure : « Pour redonner de l’éthique au capitalisme, il convient de rompre conceptuellement avec le passé doctrinal qui nous a conduits aux graves turbulences d’aujourd’hui. Il faudrait « déréguler les démocraties », c’est-à-dire faire davantage de place à la volonté politique, et mieux réguler les marchés. ».
Alors que faut-il faire ?
Aux Etats-Unis, la Chambre des représentants vient d’adopter à une très large majorité un amendement taxant de 90% les bénéficiaires de primes dans les entreprises ayant reçu des fonds de l’Etat fédéral (Bank of America, Citigroup, JP Morgan Chase, Morgan Stanley). Ceci, en réaction au comportement consternant de l’assureur AIG qui venait de verser entre 150 et 200 millions d’euros de primes à ses cadres, alors qu’elle venait de bénéficier d’une aide publique de 130 milliards d’euros.
En France, si la Société Générale a heureusement renoncé à la distribution de ses stock-options sous la pression de la classe politique, la question des moyens de prévention de telles pratiques mérite d’être posée.
Comme aux Etats-Unis, il serait possible de taxer très lourdement ces primes. C’est une première possibilité.
La deuxième consisterait à légiférer, en cas de dernier recours. Cette hypothèse a été annoncée par la ministre de l’économie, Christine Lagarde.
S’il n’est jamais très opportun de légiférer dans la colère, en visant un petit groupe d’individus (la loi doit en effet rester une norme juridique à caractère général), la menace doit être prise au sérieux.
Personnellement, je soutiendrai sans aucun problème un tel texte : il ne serait pas admissible de tolérer davantage de mépris et de désinvolture.
Reste une dernière question que personne ne s’est posée: si la Société Générale vient d’abandonner la distribution de ses stock-options, où finiront demain ces titres et leurs plus-values ?… Très certainement dans la poche de ceux-là même qui viennent d’y renoncer aujourd’hui. Le problème est donc bien loin d’être résolu.
Très bonne analyse des effets de la crise M. le député. Y en a marre de ces gens qui profitent de la crise pour s’enrichir!
Le code de déontologie du MEDEF est inefficace pour stopper les dérives. Une réponse pour faire cesser ces scandales pourrait résider dans la suppression pure et simple du régime des stock options d’autant plus que celui-ci semble avoir été détourné de sa vocation première : permettre aux entreprises d’attirer des talents à moindre coût. Une autre solution serait d’interdire l’attribution des stock options aux mandataires sociaux qui sont aussi « des garants de la moralité des entreprises ».
voir mon commentaire dans le drenier article de votre blog
C’est un sujet bien compliqué à traiter en période de crise!
Pour ma part, je suis plutôt favorable à des règles de bonne conduite édictées par les professionnels directement. Il en va en effet de la compétitivité de nos entreprises face à la conurrence internationale. Néanmoins, la crise économiqe s’étant transformée en véritable crise sociale, les pratiques abusives de certains méritent d’être strictement encadrées. Alors conviendra-t-il si le Gouvernement décide de légiférer de tenir compte des pratiques internatonales, de la situation des clauses existantes dans les contrats et des conséquences éventuelles de fuite de nos talents et des contentieux en cas de modfification des contrats de travail de façon unilatérale…
le problème cher Louis, est que bcp d’entreprises ne jouent pas le jeu. Quand bien même elles adopteraient un code de bonne conduite, il ne s’agit là que de « soft law » qui ne produit aucune contrainte ; aucune obligation si ce n’est morale… Le député a sans doute raison : aux cas exceptionnels, réponses exceptionnelles @Louis
oui Florian à raison …… mais dans ce cas il faudrait aussi regarder du coté des joueurs de foot ou des acteurs de cinéma qui touchent des sommes monstres !!!!