France : des partis sous influence
Record battu la semaine dernière : mon blog est désormais le plus lu et consulté de tous les blogs asniérois, juste derrière celui de… Marie Dominique. Soyez en remerciés. En l’espace de seulement trois semaines, je suis heureux de ces premiers résultats, qui me conduisent à continuer de développer ce site/blog.
Mais alors, aujourd’hui, je souhaiterais amorcer une réflexion sur la marge de manoeuvre qu’ont les grands partis français à l’heure actuelle. Il est vrai que le titre du présent article dévoile d’emblée le fond de ma pensée, pour vous éviter un suspense insoutenable (surtout un dimanche). Cette question prendra de plus en plus de relief à mesure que l’on s’approchera à nouveau des élections présidentielles.
Car de quelle influence parle-t-on ? Celle, je le crois, de la présidentialisation du régime politique de la cinquième république. Pas tant lors de sa création, en 1958, que suite à la révision constitutionnelle de 1962 instaurant l’élection du Président de la République au suffrage universel direct. Dés ce moment, la vie politique de notre pays s’en est trouvée durablement changée, et par conséquent celle des partis politiques aussi. Les partis, aujourd’hui encore, sont sous l’influence persistante de cette révision de 1962. Car, qu’est ce qu’un parti politique sinon la rampe de lancement d’un futur présidentiable ? Pourquoi Ségolène Royal et Martine Aubry se sont elles si violemment affrontées sinon pour une suprématie en vue des futures élections présidentielles ?
Tout au long de la cinquième république, à chaque élection présidentielle, ce sont les chefs de partis qui l’ont emporté, à l’exception de V. Giscard d’Estaing qui avait tout de même un petit parti à sa disposition. Et malheur à celles et ceux, qui, prétendant à la victoire finale, se sont portés candidats sans le soutien d’une formation politique structurée et organisée en conséquence. Citons par exemple le cas de R. Barre en 1988.
Encore plus évidente fût la situation d’E. Balladur en 1995. Celui-ci avait alors fait une campagne électorale réduite à sa plus simple expression : peu de meetings, pas de présence sur le terrain. Pourquoi ? D’une part parce que cela ne correspondait pas à sa personnalité assez distante, mais aussi et surtout parce qu’il ne disposait d’aucune force militante et partisane réelle apte à lui organiser un tour de France des grandes salles. Dans le même temps, J. Chirac, pourtant à la traîne dans tous les sondages, avait conservé la « machine RPR » et son formidable réseau pour « faire du terrain » et organiser de grandes réunions publiques un peu partout. Et en dépit de tout le talent de Nicolas Sarkozy, alors chef de campagne d’E. Balladur, ce dernier n’avait rien pu faire face à la remontée puis la victoire finale de J. Chirac.
C’est en ayant retenu cette leçon que Nicolas Sarkozy s’est lancé à l’assaut de la forteresse UMP il y a quelques années. On se souvient que J. Chirac avait posé la règle en vertu de laquelle il ne voulait pas dans son gouvernement de chef de parti. Dès lors, si N. Sarkozy voulait devenir président de l’UMP, il lui faudrait démissionner de son ministère. Nous étions quelques uns à l’époque à avoir dit haut et fort que N. Sarkozy devait préférer le parti à son ministère des Finances, s’il désirait vraiment concourir aux élections présidentielles avec les meilleures chances de succès. Tout le monde n’était pas de cet avis dans son entourage. Mais fort heureusement, N. Sarkozy prît la bonne décision, et on sait depuis lors ce qu’il en est advenu.
Avoir l’investiture d’un grand parti, évite bien entendu la concurrence officielle d’un autre membre de la même formation. Bien sûr, ce concurrent peut se porter candidat, mais en tant que dissident, c’est à dire sans l’étiquette officielle, ce qui lui compliquera évidemment la tâche, voire la rendra insurmontable en raison du mode de scrutin présidentiel.
Dès 1962, les partis politiques se sont adaptés à la nouvelle donne constitutionnelle. Ils se sont eux mêmes présidentialisés. Leur organisation interne a changé, toute entière tendue vers la principale échéance électorale du nouveau système : l’élection présidentielle. Des partis de notables, nous sommes passés aux véritables partis de masse ou encore aux « partis d’électeurs », c’est à dire des formations politiques organisées et façonnées pour faire campagne et aider à l’ascension d’un leader. La transformation du parti socialiste par François Mitterrand n’a pas d’autre logique. 1981 démontre que cette stratégie était la bonne.
Les multiples exemples ne manquent pas de cette nouvelle donne sous la cinquième république. A l’heure actuelle, les « présidentiables » du PS s’organisent pour, le moment venu, solliciter le soutien de leur parti. Nicolas Sarkozy, lui, a placé un fidèle (X. Bertrand) à la tête de l’UMP.
Même si les moyens modernes de communication tendent à minimiser le rôle militant des formations politiques dans la transmission des idées, il n’en demeure pas moins que, là aussi, les grands partis ont su s’adapter à cette évolution des technologies de l’information. Et c’est encore l’UMP et le PS qui, disposant le plus de moyens humains et financiers, ont pu mettre en place des réseaux internet performants et puissants. Et même si les petits candidats ont l’illusion d’exister un peu plus grâce au net, ce n’est en réalité qu’entre les élections, car dès lors que la période présidentielle revient, les « grosses écuries » reprennent immanquablement le dessus.
La révision de 1962 et le mode de scrutin présidentiel exercent donc une influence évidente et quotidienne sur la vie de nos partis politiques. Tout entiers tendus vers cette échéance électorale, désormais quinquennale, les leaders savent qu’il n’y aura pas de salut sans le soutien d’un grand parti présidentiel. C’est ce qui a manqué -et manquera sans doutes toujours à DSK- pour aller au bout de ses ambitions. C’est aussi ce qui a manqué à M. Rocard en son temps. Lors des prochaines présidentielles, le PS risque donc de nous envoyer un « second couteau », faute pour les vrais présidentiables (B. Delanoë ou DSK) d’avoir su conquérir le parti.
Affaire à suivre…
Ce site est vraiment génial, il jongle entre sérieux et quelques touches d’humour. La vidéo de l’assemblée est vraiment à mourir de rire (on voit bien que toi tu sièges presque 24h/24). Enfin les articles sont tout simplement vrais, compréhensibles et intéressants.
Bonne continuation
Cher Alexandre, merci pour ce gentil compliment.